Programme pédagogique

Troisième semestre

Plateformes numériques et logiques d’innovation (par Benoît Lelong)

  • Les plateformes numériques ont bouleversé les logiques d’innovation. Dans les grandes entreprises industrielles, les laboratoires internes de recherche et développement se voient concurrencés par des dispositifs d’open innovation mobilisant des contributeurs externes (expert universitaire, start-up, ou foule de simples consommateurs). D’autres plateformes permettent à des individus ordinaires de rendre publiques leurs créations, de les valoriser et de les commercialiser. D’où des évolutions complexes et souvent contradictoires : désintermédiation et ré-intermédiation, collectivisation et singularisation, dématérialisation et apparition de nouveaux espaces matériels de travail et d’échanges. Les conséquences sont multiples pour les innovateurs, leur activité, leur identité professionnelle, leurs ressources et leurs droits. Ces mutations seront abordées en multipliant les approches : socio-économie du numérique, ethnographie des activités en ligne, sociologie du travail, analyse de réseaux, histoire des techniques.

Communs numériques et propriété intellectuelle (par Sébastien Broca)

  • Cet enseignement donne aux étudiants les bases théoriques pour comprendre le mouvement actuel de défense des communs numériques, en tant que résistance à l’extension des droits de propriété intellectuelle (brevets et droit d’auteur essentiellement). Il replace ainsi l’émergence des communs numériques dans le contexte de la critique militante et académique de la propriété intellectuelle, telle qu’elle s’est développée à partir des années 1980. Le cours propose aussi des analyses empiriques de certains communs emblématiques : logiciels libres, Wikipédia, oeuvres sous Creative Commons. Il introduit enfin aux grandes questions qui se posent aujourd’hui aux défenseurs des communs : comment rémunérer les contributeurs ? Comment défendre juridiquement ces ressources partagées ? Comment articuler le développement des communs avec les missions de service public traditionnellement assignées à l’État ?

Usages sociaux du numérique (par Sophie Jehel)

  • La numérisation de la société se déroule sur le fond d’un discours d’accompagnement qui valorise la facilitation des échanges sociaux, l’extension des réseaux de sociabilité, la démocratisation de l’accès à l’information et à la connaissance, la moindre captation des ressources naturelles grâce aux applications et autres plateformes numériques. Les recherches en sciences sociales montrent cependant la complexité sociale des reconfigurations qu’impose la numérisation et le maintien des inégalités numériques.
  • Ce cours est organisé sous forme d’atelier-laboratoire soutenu par l’EUR ArTeC et réalisé en collaboration avec la filière photographie de l’École nationale supérieure Louis-Lumière. La photographie et les sciences sociales ont une histoire commune, des préoccupations communes, l’exploration du social, pour le documenter, témoigner des innovations sociales ou dénoncer des injustices. La sociologie visuelle est particulièrement pertinente pour explorer nos vies numériques sur des plateformes qui privilégient la communication visuelle, photo, vidéo, GIF, émoji...
  • Les enquêtes de l’année 2020 2021 porteront sur les 3 thèmes suivants : écologie, littérature et violences, en lien avec les pratiques numériques. Les étudiants conduiront une enquête par entretiens en collaboration avec les étudiants photographes de l’ENS Louis Lumière. Les articles seront publiés sur le site dédié, numerique-investigation.org.

Atelier de culture visuelle (photo et écriture journalistique)

  • L’atelier d’initiation à la photographie est organisé par les enseignant.es de l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière : Samuel Bollendorff, photographe, pour un panorama de la photographie, Nadège Abadie, photographe, pour une initiation pratique à la photographie, Véronique Figini, MCF spécialiste de l’histoire de la photographie, dans une conférence « Des médias aux arts visuels, la photographie en question(s) », Pascal Martin, Pr. spécialiste d’optique photographique, pour les principes de base de la prise de vue. Un atelier sur la prise de son sera aussi organisé. 

Atelier de construction de site WordPress (par Claire Marion)

  • Claire Marion a designé le nouveau site numerique-investigation.org. Elle formera les étudiants à pouvoir bénéficier de toutes les potentialités, en approfondissant la maîtrise de l’éditorialisation sur Wordpress.

Médiations numériques et usages créatifs (par Alexandra Saemmer)

  • Les outils d’écriture et d’édition numérique rendent service. Ils mettent à disposition des savoir-faire, et rendent possibles de nouvelles formes de création. Mais ils encodent aussi des enjeux économiques et politiques, des systèmes de valeurs, des visions du monde. En utilisant des outils numériques, nous créons donc avec les concepteurs et propriétaires des outils, avec leurs croyances, leurs idées. S’instaure un rapport de « co-énonciation », et un rapport de force. Les « architextes » encodés dans les logiciels et plateformes ont engagé une mainmise sur la forme du texte. Plus récemment, les grandes entreprises du numérique interviennent aussi dans la rédaction même des contenus textuels eux-mêmes – mainmise qui se matérialise dans les processus d’auto-complétion et d’écriture prédictive du « computexte ». Nous nous pencherons sur un corpus de créations artistiques et littéraires qui négocient avec l’emprise, essayent de la détourner, y résistent afin de dé-normaliser la création numérique. Notre analyse de la généalogie de ces pratiques créatives s’appuiera sur des concepts fondateurs de la sémiotique des écrits d’écran, une approche critique des processus d’écriture « prédictive », et des expérimentations de recherche et création. 

Économie numérique et théories du nouveau capitalisme (par Carlo Vercellone)

  • La révolution informationnelle est l’un des traits saillants du passage du capitalisme industriel à un nouveau capitalisme fondé sur la connaissance et le numérique. Dans cette évolution, le rôle jadis central du capital et du travail matériels cède la place à une montée en puissance du capital et du travail immatériels. Les hypothèses fondatrices de l’économie politique liées à la rareté et à la rivalité des biens en sortent profondément déstabilisées. Le défis d’une économie de la gratuité liée à la dématérialisation et la baisse drastique du coût de reproduction d’un grand nombre de biens et services, conduit les grands oligopoles numériques à inventer de nouveaux modèles de profit. Deux stratégies principales, souvent complémentaires, ont été mises en œuvre. La première, incarnée par l’hégémonie du modèle de Microsoft durant les années 1990, repose sur le renforcement de la propriété intellectuelle et les dispositifs du Digital Right Management. La seconde correspond à l’essor du capitalisme des plateformes qui, sous l’égide des GAFA, a conduit à un puissant processus de recentralisation et de marchandisation de l’économie de l’Internet. En excluant tout déterminisme technologique, ce cours se propose de reconstruire ces évolutions à travers une approche combinant étroitement la présentation des faits historiques et celle des controverses théoriques qu’ils suscitent.

Création et plateformes numériques : questions éthiques et juridiques (par Sophie Jehel)

  • La création sur les plateformes numériques est facilitée par les différents CMS et dispositifs d’écriture mais elle expose les auteurs à de nombreuses contraintes liées à leurs objectifs commerciaux, favorisant certains contenus au risque du formatage et récupérant des données personnelles pour profiler et structurer les recommandations algorithmiques. Les autrices et auteurs de création numérique doivent développer leur réflexivité sur la pertinence des outils utilisés et de la capture des données personnelles. Cela suppose une compréhension des logiques de surveillance à l’œuvre sur les plateformes numériques (étatiques, commerciales, mais aussi interpersonnelles, “sousveillance” – surveillance des surveillants –, vigilantisme -surveillance des surveillés-). Le modèle de « panoptique » imaginé au XVIIIe siècle par Jérémy Bentham, comme l’a souligné Michel Foucault, a transformé les modalités même de l’exercice du pouvoir institutionnel et infusé dans l’ensemble des relations sociales, redoublant les formes de contrôle social. Le cours sera axé sur les débats d’actualité relatifs aux questions éthiques et juridiques qui concernent la création sur les plateformes numériques, relatives au respect de la vie privée, à la liberté d’aller et venir, au droit à l’image et aux droits d’auteur.

Cultures participatives : amateurs, experts, journalistes (par Aurélie Tavernier)

  • « La culture de la participation est une culture avec : des frontières relativement fines avec l’expression artistique et l’engagement civique ; un fort soutien à la création et au partage de créations ; et une forme de mentorat informel entre les anciens et les nouveaux membres. Une culture de la participation est également une culture dans laquelle les membres croient en la valeur de leurs contributions et ressentent les liens sociaux forgés entre eux (au moins ils se soucient de ce que les autres pensent de leurs créations) » [JENKINS H., ITO M., BOYD D., Participatory Culture in a Networked Era. Polity Press, Cambridge, 2016 : 4].
  • Les modalités de production et de diffusion de l’information semblent aujourd’hui démultipliées par l’essor des technologies participatives. Plateformes de partage, blogs d’experts, réseaux sociaux, médias citoyens ou alternatifs, apparaissent comme autant de dispositifs susceptibles de bouleverser l’économie informationnelle et les interactions entre « journalistes », « experts » et « amateurs ». Si tout le monde « peut » participer, quelles frontières discursives, symboliques et capacitaires organisent néanmoins l’espace public médiatique ? L’injonction à la participation spontanée des internautes va-t-elle à l’encontre des procédures journalistiques verticales de sollicitation et de légitimation des « paroles d’experts » ? En confrontant les paradigmes a priori opposés de l’objectivisme des journalistes et de l’expressivisme des amateurs, le cours « Cultures participatives : amateurs, experts, journalistes » interroge in fine la « révolution numérique » que semblent promouvoir les scènes et les dispositifs de l’information participative. En pretant attention aux conditions de production et de diffusion de l’information, ce cours nous conduira alors à réfuter la perception d’une culture participative égalitaire, pour montrer qu’une frontiérisation est à l’oeuvre, distinguant plusieurs formes d’expertise : professionnelle, savante, citoyenne.

Méthodologie de la recherche en sciences sociales

  • Le cours présente les diverses étapes présidant un travail de recherche en sciences de l’information et de la communication, de la phase de définition du sujet et de déconstruction des prénotions, débouchant sur la construction d’une problématique de recherche, à la rédaction finale du mémoire. Outre les attendus épistémologiques de la démarche scientifique en sciences sociales, le cours introduit les questions méthodologiques portant sur la collecte et le traitement du matériau empirique.

Projet : journée d’étude (conception, valorisation, print et web)

  • La journée d’étude est préparée par les étudiants dans le cadre de l’atelier MIP « Comprendre les usages sociaux du numérique, approche par l’enquête socio-photographique. » Elle se déroule dans un centre d’art. Elle permet l’invitation de professionnels et de chercheurs. Elle valorise les travaux des étudiants et leurs enquêtes.

 

Quatrième semestre

Atelier de suivi méthodologique

Mémoire (théorique ou professionnel) – Rédaction

Mémoire (théorique ou professionnel) – Soutenance

Conduite de projet (avec un professionnel) : communication d’événements culturels (par Rémy Hoche, directeur de la communication du Musée de la marine)

  • Le cours de conduite de projet vise à construire par équipe de deux ou trois étudiants un projet destiné à une institution ou à un événement culturels utilisant les outils du numérique, pertinente par rapport à la stratégie globale de communication. Les premières séances seront consacrées à la compréhension des contraintes (juridiques, financières, matérielles…) de ce type de projet et aux enjeux que les événements représentent pour les structures. L’objet de l’atelier est de présenter un projet et les modalités de sa mise en œuvre. La dernière séance fait l’objet d’une présentation devant un jury.
  • Dans le cadre de cet atelier, les étudiants seront amenés à rencontrer des professionnels investis dans le champ de la culture et du numérique, et à assister à des événements culturels.

 

Construction de site internet, perfectionnement référencement, SEO (Adrien Pequignot, doctorant au Cemti et ingénieur en informatique)

  • Nous tenterons de tirer des conséquences pratiques de la théorie de l’écologie de l’attention (Citton) pour la conception de sites internet et d’applications. Quelles règles ergonomiques adopter pour l’éditorialisation d’un site web ? Comment concevoir un site internet dans une démarche de design éthique plutôt que de design persuasif ? Quelles questions pose le design émotionnel ? Nous terminerons ce module par des travaux pratiques sur le référencement de sites internet.

Période d’insertion professionnelle

Suivi de 15 h de Séminaires du CEMTI (optionnel)

Cours libre dans une autre UFR (optionnel)

Engagement étudiant (association, start-up, junior entreprise) (optionnel)