Rhétoriques journalistiques


 Cours assuré par Aurélie Tavernier

 Présentation du cours :

« Demain, tous journalistes ? » À la question posée dès 2005 par Benoît Raphaël sur son blog éponyme1, les médias « pure players » n’ont pas tardé à apporter une réponse stratégique. Surfant sur la vague de la participation chère à Internet, ces « nouveaux médias » se mirent ainsi en devoir d’enrôler les citoyens dans la chaîne de travail journalistique. Le 6 mai 2007, Rue89, « site d’information et de débat sur l’actualité, indépendant et participatif », lançait ainsi un modèle de production de l’information « à trois voix » – soit, dans l’ordre d’apparition à l’écran : journalistes, experts... et « vous ». Si tout le monde « peut » participer, la légitimité et l’avenir des journalistes professionnels sont-ils menacés de disparition ? Comment comprendre l’injonction participative que promeuvent les médias à l’ère numérique ? Quelles mutations les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) engendrent-elles, dans les pratiques professionnelles et dans les représentations des journalistes ? Ce cours propose de voir la « révolution numérique » annoncée du point de vue des journalistes, en replaçant les mutations en vigueur à l’ère numérique dans les déterminants historiques, sociaux et culturels qui leur donnent sens. En marge des discours qui prédisent la « fin » des journalistes professionnels et le règne des « journalistes citoyens », nous tâcherons de comprendre comment les journalistes ont pris le train numérique en marche, et comment ils gèrent aujourd’hui la place grandissante accordée aux « amateurs » dans le circuit de production de l’information.

Objectifs du cours

– Une lecture rhétorique de l’activité journalistique Ce cours propose de porter un regard transversal sur les pratiques et les discours des journalistes, depuis la presse papier jusqu’à l’ère numérique, de manière à ne pas séparer les dimensions structurelles, pratiques et symboliques qui configurent ces pratiques et ces discours. L’objectif est d’une part, de comprendre qui sont les journalistes, comment ils travaillent, en vertu de quelles « valeurs » ; d’autre part, de considérer ces dimensions sous l’angle d’un continuum entre « le papier » et « la toile ». L’analyse des rhétoriques professionnelles des journalistes doit nous permettre de ne pas séparer ces dimensions : définies comme le produit des pratiques d’écriture, des procédures professionnelles et des représentations que les journalistes y projettent, la notion de rhétoriques journalistiques invite à une approche pragmatique – attentive aux pratiques et à leurs inscriptions sociales – et compréhensive de l’activité journalistique quotidienne. Un corpus de textes polycopiés et une bibliographie seront distribués en cours.

Publics médiatiques

Cours assuré par Aurélie Aubert

Qui sont les lecteurs pour lesquels écrivent les journalistes ? Comment sont-ils perçus par la sphère journalistique ? Comment calcule-t-on les taux d’audience d’une émission de télévision ? Quels sont les enjeux du live tweet pour les chaînes de télévision ? Qu’est-ce que le journalisme participatif, repose-t-il véritablement sur la participation des publics amateurs ? Dans ce cours thématique, le sujet des médias et de la médiatisation est abordé du côté des publics. L’approche historique et sociologique de cette notion permet tout d’abord de rappeler qu’avant d’être médiatiques, les publics se sont constitués autour de sujets littéraires puis politiques, ce qui explique qu’ils ont pu apparaître comme dangereux à la fin du XIX° siècle. Puis, la nécessité de quantifier les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs des médias de masse a conduit à mettre en place des mesures d’audience complexes dont nous montrerons les enjeux et les limites. Face à ces mesures qui laissent dans l’ombre les goûts et pensées du public, nous présenterons les recherches qualitatives menées depuis les années 1960, permettant de cerner les rapports des individus avec leurs médias, les appropriations et mises à distance des programmes, notamment. Enfin, la dernière partie du cours s’intéressera aux phénomènes interactifs incitant à une participation toujours plus accrue des publics (live tweet, commentaires en lignes, fans fictions par exemple) pour lesquels nous chercherons à savoir si ces participations sont effectivement prises en compte par la sphère médiatique.

Bibliographie indicative :

Esquenazi Jean-Pierre, Sociologie des publics, La Découverte, 2003.

Le Grignou Brigitte, Du côté du public, usages et réceptions de la télévision, Economica, 2003.

Méadel Cécile (dir.), La Réception, Les Essentiels d’Hermès, CNRS éditions, 2009

Aubert Aurélie et Froissart Pascal, « Les publics de l’information », Revue Française des Sciences de l’information et de la communication, n°5/2014.

En ligne :http://rfsic.revues.org/1121 Une bibliographie complète ainsi qu’une brochure de textes polycopiés seront distribuées en cours.