Atelier « Informer en réseau »


 Pierre Grosdemouge et Fred Pailler

 

Ce cours en intensif s’apparente à un atelier, alternant les phases théoriques et pratiques, l’écoute individuelle et le travail collectif. Il portera sur des exemples de circulation des informations de santé à l’heure des réseaux numériques.

 

Dans différents domaines tels que la presse, le monde politique, l’industrie musicale, etc., l’internet est l’instrument d’une redistribution des rôles et des rapports de force traditionnellement construits sur la base de statuts (professionnels ou institutionnels) et d’enjeux (économiques ou sociaux.) Le champ médical n’échappe pas à ces transformations, et voit l’information émise par le corps médical confrontée et relativisée par celle produite par des patients ou par leurs proches : on assiste ainsi à la constitution, autour des outils numériques, de communautés de patients (les forums santés, wikipedia, etc.), de communautés de personnes souffrantes (les blogs ana et mia, etc.), de plateformes de travail collaboratif sur le recensement et la description de pathologies (les maladies orphelines par ex.), ou encore de campagnes virales de mise en doute de décisions de santé publique (le cas des vaccins contre le virus H5N1). Ce gain en autonomie des patients vis-à-vis de l’institution médicale et les déplacements qu’il engage est décrit par les chercheurs comme un phénomène de désintermédiation, ou encore d’apomédiation médicale (Eysenbach 2008). Les acteurs traditionnels se repositionnent au gré de ces évolutions socio-techniques : pour organiser leur irruption dans l’espace public, patients et associations mobilisent des stratégies socio-discursives (Habermas, Boltanski), développent des formes d’appropriation des dispositifs socio-techniques (boyd, Allard et Blondeau, Dagiral et Peerbaye), et reconfigurent leurs sociabilités quotidiennes (Mounier et Tubaro). État, médecins et industriels de la santé, menacés dans leur légitimité, expérimentent des postures allant du dénigrement des mouvements d’usagers à l’accompagnement de l’émergence d’une nouvelle économie, plus ou moins participative. Les industriels du numérique (Google, Facebook, Apple, etc.) s’imposent comme de nouveaux intermédiaires dans la circulation de l’information liée à la santé, dont ils assurent la collecte, l’hébergement, la valorisation, et parfois la censure (Casilli et Pailler). Cette rencontre du champ de la santé et des outils numériques offre ainsi un terrain particulièrement fertile pour une réflexion sur la circulation de l’information à l’heure des nouveaux médias.

 

Objectifs pédagogiques des ateliers :

- Percevoir les dimensions sociales et conflictuelles de la notion d’espace public. - Découvrir les enjeux sociaux et conflictuels de l’usage des outils numériques.

- Percevoir l’irrégularité de la circulation de l’information suivant les personnes et les différents types de rapports sociaux qu’elles subissent

- S’initier à la sociologie d’enquête en ligne (constitution d’un corpus de pages web, scraping, cartographie des sources, etc.)

- Notions concernant l’analyse de controverses

- S’initier à la sociologie des réseaux, notamment par l’étude de situations impliquant des sociabilités autant numériques que non-numériques.

Bibliographie :

Akrich M., Méadel C.. De l’interaction à l’engagement : les collectifs électroniques, nouveaux militants dans le champ de la santé. Hermès, CNRS-Éditions, 2007, pp.145-154. https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/174696/filename/07Hermes.pdf

Barbot, J., « L’engagement dans l’arène médiatique. Les associations de lutte contre le sida », Réseaux, vol. 17 / 95, 1999, 42 p. p. 155–196. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reso_0751-7971_1999_num_17_95_2158

Casilli AA., Pailler F., Tubaro P. . Le phénomène pro-ana : panique morale et effets paradoxaux de la censure http://www.internetactu.net/2012/10/30/pourquoi-la-censure-et-le-filtrage-ne-marchent-pas-lexemple-des-reseaux-lies-aux-troubles-de-lalimentation/

 

Casilli AA., Mounier L., Pailler F., Tubaro P. : rapport ANR « Les jeunes et le web des troubles alimentaires : dépasser la notion de ‘pro-ana’ » http://www.anamia.fr/WordPress-FR/wp-content/uploads/2013/11/Rapport_ANAMIA_2013_Web_et_troubles_alimentaires.pdf

 

Dagiral É., avec Peerbaye A., 2012, « Les mains dans les bases de données : connaître et faire reconnaître le travail invisible », Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 6, n°1, p. 229-254. http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RAC_015_0229